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dimanche, janvier 22 2012

« Star Wars Episode VII : Star Wars Kids »

Ecouter aussi ma chronique audio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 7 janvier 2012. Il s'agissait d'une chronique spéciale pour la 300ème édition. L'idée était de chroniquer une oeuvre que nous admirions, de la même manière que nous l'aurions chroniquée à l'époque de sa sortie. Ici, nous ne sommes finalement pas dans le passé, mais dans le futur...

Nous sommes le samedi 9 janvier 2027, et ça y est, on y est : George Lucas nous l'avait promis depuis quelques années : le grand retour de « Star Wars », avec enfin cette suite, les épisodes VII, VIII et IX, et il faut dire que pour ses 83 ans, le réalisateur est en forme.

Alors, même si au bout de toutes ces années, il n'a plus réalisé de films en dehors de la franchise « Star Wars »... rappelons : « Clone Wars Trilogy », « L'Odyssée de C3PO » avec pour l'instant quatre épisodes, le cross over « Harry Potter à l'école des Padawans » qui a quand même donné neuf films live, un reboot et une série animée !

Cette fois, il nous l'assure, il a réalisé suffisamment de films pour ses arrières petits-enfants, et veut enfin revenir aux vraies valeurs de la Force, retrouver l'essence de la trilogie originelle, qui a quand même connu pas moins de huit reliftings.

Mais le principal, c'est le film bien sûr, et l'apparition, vous n'êtes pas sans le savoir vu que les répliques garnissent les cours de récrés, ... des "Sabres Laser Pocket" ! Il s'agit d'armes... laser, toujours, mais de la taille de couteau, alors l'invention, c'est que cela peut faire aussi couteau suisse, cela revêt plusieurs formes, donc plusieurs objets à collectionner : quand je vous disais que Lucas était en forme !!

De plus, quelques indices l'introduisent dans ce septième épisode, mais on la verra surtout dans les deux suites, l'autre trouvaille, c'est : plus fort que la Force, la Méga Force !! Une dimension cachée du pouvoir des Jedis et des Siths, qu'on pourrait atteindre en se concentrant, mais il faudra attendre pour voir à quoi cela ressemble.

Le plus fort d'un point de vue marketting est le lancement de la nouvelle trilogie en même temps que les jouets de la gamme "Méga Force", où on peut se fighter avec des amis dans des mini laser quests dans les McDo, on peut customiser nos sabres lasers pockets en sélectionnant la couleur sur des écrans tactiles en temps réels, chaque couleur fait un pouvoir spécial : tirs explosifs, ouvres-sodas, feux d'artifice. Désolé, je vais un peu spoiler, mais c'est super fidèle au film, c'est exactement ce que fait le fils caché de Dark Maul quand il veut bricoler le pod d'un concurrent en le torpillant avec du chewing gum clignotant.

Vous l'aurez compris, visuellement, cela offre la part belle à un déferlement d'effets spéciaux, mais le script n'est pas en reste, puisque la dimension politique n'est pas oubliée, on assiste à une baston entre l'armée des huts, et l'armée des jawas, à celui qui fera la plus grosse armée de clones. Nous remarquons aussi le retour de quelques personnages emblématiques, puisque Jar Jar est devenu le nouveau chancelier, et c'est lui qui forme les triplés de Han et Leia au moonwalk à dos de droïdes, l'héritage de l'ordre des jedis passera donc par ce trio.

Bon, j'ai envie de dire pourquoi pas...

De son côté, sur Tatooine, Luke organise des courses de pods, en hommage à son père. Le fils de Boba Fett, Jumbo, est la racaille des courses. Donc ça se fritte un peu, et cela permet de donner un peu de piment à cette partie sportive. J'en vois qui rigolent, mais il ne faut pas oublier qu'en son temps, l'épisode I avait été décrié, avant d'être considéré aujourd'hui comme l'un des fleurons du genre, l'industrie du cinéma ayant évolué, les goûts actuels n'ont plus rien à voir avec ce qui se faisait il y a vingt ans.

Le casting surprend lui aussi, avec Justin Bieber dans le rôle de Luke, rajeuni grâce à la Force, et Miley Cyrus méconnaissable dans le rôle de la femme de Jar Jar, en contre-emploi, on va voir ce que cela donne sur la durée...

vendredi, novembre 4 2011

« Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne » : un Tintin pas assez sale

Cet article a été publié en "Tribune Libre" sur le site ActuaBD.com

Tout d’abord, rappelons quel procédé a utilisé le réalisateur Steven Spielberg sur le film « Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne » : La technique de "cinéma virtuel" consiste à enregistrer les mouvements des comédiens sur une surface appelée le "Volume". Les mouvements sont ensuite transformés en données directement dans un ordinateur, SANS passer par la case caméra, puisqu’il n’y en a pas encore à ce stade. Le résultat final n’est donc pas un film d’animation, car même si certains éléments du décor (en fait, tout ce qui n’est pas "comédien") sont animés en 3D, les jeux d’acteurs sont le résultat de vrais mouvements enregistrés. Comme il l’a déjà été souligné ailleurs, on peut donc parler de film hybride.

Au final, ce que cherche le metteur en scène n’est pas le photo-réalisme, mais plutôt une liberté totale au niveau de la mise en scène. Car, une fois que les comédiens sont partis, mouvements et voix dans la boîte, le réalisateur peut commencer sa mise en scène et choisir ses valeurs de plans, décider quand couper ou livrer des plans-séquences, où et qui cadrer, créer ses atmosphère de A à Z, etc.

Comme l’ont reproché d’aucuns, le film « Les aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne » nous donne l’impression de nous retrouver dans un jeu vidéo, surtout au moment où la moto tyrolienne entre dans Bagghar à la fin du film. Mais plutôt que de parler de jeu vidéo comme si c’était une insulte, très loin de moi cette idée, c’est surtout de passation de pouvoir entre un Tintin, personnage vulnérable, et un Tintin simple avatar qu’il est question.

Il est vrai qu’on a ainsi l’impression de ne rien craindre pour le personnage principal, notre implication étant refroidie par cette fluidité de mouvement, cette sensation qu’il ne peut rien arriver à Tintin, alors que si on y réfléchit, ce qu’il fait est tout simplement suicidaire (une chute de plusieurs étages, une course contre une inondation au guidon d’un side-car, un saut dans le vide suspendu à un oiseau).

Cette surenchère, si elle témoigne d’une désinhibition totale sur le plan de la créativité, enrichie par une profondeur de champ hallucinante, provoque un sentiment de suspension de l’histoire, qui n’aurait pas le même effet avec des acteurs live car au lieu de sombrer dans un côté vidéo-ludique (tout nous ramène à l’artificialité du personnage), l’action mettrait en valeur la dimension opératique des mouvements des comédiens se déplaçant tels des danseurs (il suffit de se remémorer les descentes en rappel sur les murs des HLM dans le film « Time and Tide » de Tsui Hark, ou le plan séquence dans l’hôpital dans « À toute épreuve » de John Woo, pour citer deux cinéastes de l’apesanteur). (Ci-dessous : une discussion sous tension dans les entrailles du Karaboudjan)

Ainsi, Tintin et Haddock (enfin, moins Haddock, car son penchant pour la bouteille lui donne un surplus d’humanité organique) ne sont plus que marionnettes, jamais fatiguées, passant une partie incroyable du film à démolir tout et n’importe quoi (un mur, un barrage, un avion), échappant aux rafales de balles.

À cet égard, il faut remercier l’équipe du film de nous proposer une première moitié plus traditionnelle, où les balles font mal et les voitures renversent. Le point d’orgue étant le plus beau moment du film selon moi, lorsque Tintin et le capitaine doivent échapper aux sbires d’Alan dans les coursives du Karaboudjan. Alors, certes, cela ressemble à un jeu d’infiltration du type Metal Gear Solid (toujours cette analogie au jeu vidéo dont il est difficile de se débarrasser), ce qui n’est pas un mal car le jeu est un chef-d’œuvre, mais l’ambiance sombre, la claustrophobie ambiante, le roulis du bateau, et la fuite autant devant les hommes de main que devant les bouteilles d’alcool constituent un très grand moment de cinéma.

Mais alors, où le bât blesse-t-il, si des films comme « La Légende de Beowulf » de Robert Zemeckis dégagent un dynamisme et des personnages de guerriers à la présence certaine ? Parlons crûment : si ce film fut si réussi, en dehors de ses qualités cinématographiques, c’est parce que ses personnages étaient des bêtes de guerre et qu’il s’y passait pas mal de saloperies. La première raison justifie les exploits numériques de ses avatars, la seconde apporte une "salissure" non négligeable en rendant plus organique, plus rentre-dedans, une technologie tendant à aseptiser ses sujets. (Ci-dessous, une image extraite de l'adaptation vidéo-ludique sur PS3)

Je pense que la technique du cinéma virtuel, dont l’aspect numérique doit être contre-balancé par une dimension physique, voire presque animale des personnages, est inévitablement plombée par ce qui fait justement le sel des aventures de Tintin en bande dessinée : un aspect irréel, cette impression qu’il ne peut rien arriver à ce garçon pur. Or, la séquence de la poursuite du faucon, avec comme point d’orgue ce plan de la tyrolienne, nous montre du grand spectacle, mais nous perd instantanément par son caractère factice. Si l’on vibre pour Tintin dans la première partie du film (l’affaire du pick-poket, la fuite du Karaboudjan), c’est parce que les exploits du petit reporter restent à échelle humaine. Dès que le côté super-héros (et c’est aussi valable pour Milou et Haddock, également increvables dans le dernier acte du film) prend le dessus, le caractère angélique de Tintin rend le spectacle fade.

Pour son coup d’essai avec cette technique de cinéma virtuel, Steven Spielberg s’est certainement senti pousser les ailes en terme de mise en scène, et si son film propose quelques excellents moments de pur cinéma, les excès de la dernière partie m’ont gâché mon plaisir et font se clôturer l’ensemble dans une impression de grand n’importe quoi.

samedi, octobre 29 2011

« Un heureux évènement »

Un film de Rémi Bezançon, avec Louise Bourgoin, Pio Marmaï, Josiane Balasko, Thierry Frémont, Firmine Richard, Daphné Bürki, Anaïs Croze.

Barbara est étudiante et travaille sur sa thèse de philo. Nicolas est vendeur dans un vidéo-club. Leur couple est au plus haut, ils mènent une vie insouciante. Le jour où Barbara accouche de Léa, ils font le dur apprentissage de la vie de parents, finies les heures passées devant la wii jusqu'à pas d'heure, les sorties entre copines, le boulot pépère, les heures de sommeil, la bonne humeur... Il faut trouver un logement plus grand, changer de boulot, et surtout tout remettre en question.

"Comment survivre à bébé" pour les Nuls. Voilà ce que pourrait être le sous-titre de ce film de Rémi Bezançon, car le genre exploité ressemble à du post-apocalyptique, sauf qu'à la place de la mort, les personnages principaux doivent survivre à la vie. Un propos soulevé dans la dernière réplique du film, sorte d'ultime pied de nez aux idées reçues, cette "plus belle chose au monde" qui vient tournebouler la vie tranquille et heureuse d'un couple moderne.

Bienvenue donc dans un film à bébé réaliste, loin des bleuettes rose bonbon. Place plutôt aux crises de panique, spleens en tous genres, baby blues et constats amers. On croirait un manuel pour tout futur parent : comment l'annoncer à sa mère, puis la gérer quand elle a un avis sur tout concernant le bébé, comment mener de front un épanouissement professionnel et les obligations du foyer (Ah ! Les ouvriers de Darty un dimanche matin), comment ré-apprendre à séduire l'autre... Vu sous l'angle de la comédie (on rit beaucoup), les (més)aventures de Barbara la littéraire et Nicolas le rêveur maladroit, ne sombrent ni dans le glauque (les situations, après tout, sont juste réalistes, ni plus ni moins) ni dans le monde des bisounours. Certaines répliques font mouche, comme dans cette scène où Nicolas explique à Barbara, allongés tous les deux, qu'il va devoir abandonner son boulot dans le vidéo-club pour un emploi en costard cravate afin de gagner plus. Elle : "Mais, et tes rêves de cinéma, toi qui voulais faire comme Tarantino, qui avait commencé dans un vidéo-club comme toi ?" Lui : "Ouais, mais il a pas d'enfant, Tarantino".

Porté par des acteurs épatants, des deux tourteraux jusqu'à la galaxie de personnages satellites (Balasko en grand-mère soixante-huitarde et Frémont en loser polygame en tête), « Un heureux évènement » se révèle à la fis touchant, drôle, plus grave, et promet un bon moment aux déjà parents qui se remémoreront des souvenirs la larme à l'oeil, et aux futurs parents qui prendront des notes.

vendredi, octobre 21 2011

« Drive »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément Week-End » du samedi 15 octobre 2011.

Un film de Nicolas Winding Refn, avec Ryan Gosling, Bryan Cranston, Carey Mulligan, Albert Brooks, Ron Perlman.

Los Angeles, un pilote sans nom se fait payer en transportant des braqueurs. Seule condition : ne pas assister aux braquages. A part ça, il est cascadeur pour le cinéma, et bosse aussi dans un garage. Il fricote de plus en plus avec sa voisine craquante, mère d'un petit garçon, dont le père est sur le point de sortir de prison. Le quotidien du pilote se partage entre les errances nocturnes au volant en écoutant de la musique électro, et du bricolage dans le cambouis.

Mais sous ses airs d'autiste mutique, se cache un hyper violent à qui il ne faut pas se frotter.

Ce nouveau long-métrage de Nicolas Winding Refn (« Valhalla Rising », « Bronson ») est à ranger dans la catégorie des oeuvres vaporeuses, dans l'artistico-branchouille urbain (coucou Wong Kar Wai). Ce film traite de l'errance, une errance d'un homme comme hypnotisé par la route. Ne vous fiez pas à la bande-annonce, si vous vous attendez à du « Fast and furious », passez votre chemin. « Drive » est pourtant un film de braquage, et comporte deux séquences de poursuite automobile (la première est un sommet de tension et de maîtrise formelle, la seconde est plus classique et beaucoup plus énervée). Nous avons donc un film flirtant avec des conventions, celles du film de braquage, du film de mafieux, tout en tordant certaines règles au profit d'une approche plus arty.

« Drive » peut être considéré comme un film froid, mais n'est pas déshumanisé pour autant. Le triangle formé par le pilote, sa voisine et le garçon est sympathique, et même si l'utilisation du ralenti provoque une dilatation du temps, tout en induisant un sentiment de pleinitude pour le héros, et malgré des dialogues plus que réduits à l'essentiel, le metteur en scène arrive à faire passer une flopée de sentiments et d'impressions par l'utilisation du non dit et une maîtrise imparable du hors champ. La scène du dépannage sur le parking du supermarché, suivie de celle du verre d'eau, est à ce point exemplaire de cette volonté du réalisateur d'explorer la narration minimale, poursuivant l'expérimentation vers le muet déjà vue dans son opus précédent, dans un registre plus initiatique et barbare : « Valhalla Rising ».

Contraint de réduire son jeu au maximum, l'acteur Ryan Gosling donne au départ une impression de mollesse très désagréable, nous faisant craindre de nous coltiner près d'1h40 cet autiste. Mais la direction d'acteur du metteur en scène danois fait des prodiges, et la silhouette longiligne de Gosling, combinée avec sa blondeur diaphane, en font un personnage dépourvu de toute matérialité, traversant comme un fantôme cette histoire de valise de billets, meurtres sauvages, et règlements de compte, comme une entité n'ayant jamais existé. L'aspect fantômatique du personnage est d'ailleurs pointée du doigt dans l'une des dernières scènes du film, silencieuse, quand sa voisine tape à sa porte. Elle laisse la place à une conclusion en apesanteur, où le pilote, à cheval entre deux mondes, empoigne le volant dans une ultime virée.

Le territoire de ces errances, Los Angeles, est montrée comme rarement : des rues très larges étonnamment vides, seulement arpentées par des malfrats et des flics, et rappelle la démarche du réalisateur Michael Mann sur « Collateral », qui explorait la solitude de deux hommes dans un taxi. Navigant entre un univers nocturne mis en forme de manière arty, à base de ralentis et sans parole, et un monde de mafieux de jour, plus conventionnel et ultra-violent (le travail sur le son et les impacts de balles est saisissant), où un patron de pizzeria juif italien (Ron Perlman) offre au film son quota de dialogues, « Drive » joue sur ces deux univers pour décrire le personnage du pilote, et dresse un portrait en creux d'un homme vide, retrouvant une matérialité grâce à sa relation pourtant quasiment platonique avec sa voisine.

Un film surprenant, et ce dès son générique d'ouverture savoureusement décalé, lauréat d'un prix de la mise en scène à Cannes largement mérité.

mercredi, octobre 19 2011

« Real Steel »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 8 octobre 2011.

Charlie Kenton est routier, et fait la tournée des spectacles d'un genre nouveau : il commande à des robots par manette interposée, lors de combats de boxe où le métal froissé a remplacé la chair humaine. Loser patenté, ancien boxeur déchu, il a raté sa vie, mais lorsqu'on lui apprend que son ex est morte, laissant derrière elle son fils de 11 ans, il en profite pour... le vendre à son ex belle-soeur ! Sauf qu'on ne se débarrasse pas comme cela d'un gamin, et Charlie doit se le coltiner pour les vacances. Cela tombe bien, le petit est fan de combats de robots, et recueille une épave : le robot Atom. Contre l'avis de son père, il décide de le garder. A leur grande surprise, la machine se révèle très surprenante, et va gravir une à une les marches de la notoriété au fil des combats.

On aurait pu s'attendre à un délire geek, une suite d'affrontements de robots à la « Transformers », prétexte à un déluge d'effets spéciaux et de câbles qui flambent, filmés par une caméra virtuose mais véhiculant l'esbroufe. Que nenni ! Le film est avant tout une oeuvre tous publics, parlant surtout d'une relation père/fils très sympathique. A mi-chemin entre la comédie d'action et le genre "émotion", le film de Shawn Levy met particulièrement en valeur le duo Jackman/Goyo, deux têtes de mules se prenant le bec mais s'apportant mutuellement du positif.

Et contrairement à ce qu'on pourrait croire, le personnage en détresse n'est pas le gamin, mais bel et bien le père, au potentiel énorme mais en perdition car ne se faisant plus confiance, accumulant les échecs par attitude auto-destructrice. Les efforts conjugués de son fils et de sa petite amie (toujours aussi craquante mais trop discrète Evangelyne Lilly) re-propulsent Charlie sur le devant de la scène, avec en point d'orgue une séquence finale donnant les frissons.

Les éléments de science-fiction passent au second plan, et même au quinzième, tant les gadgets, écrans tactiles, et bricolages passent à la trappe au profit d'une trame plus humaine et accessible. Le film en cela est un tour de force, les effets spéciaux s'intègrent très naturellement, et rarement un métrage dit de science-fiction aura réussi à fondre ses effets visuels dans l'histoire. Alors certes, nous voyons beaucoup de robots, (à un moment, il n'y a même que cela à l'image), mais ce sont avant tout des personnages, pas des tours de force technologiques. Par exemple, une des meilleurs scènes voit Atom assis sur une chaise, attendant d'être commandé par Charlie, face à un miroir. Un léger traveling vient appuyer son regard dans le reflet, mais le réalisateur n'en rajoute pas. On a compris. Succint et efficace, à l'ancienne.

Sur la bonne vieille trame du combat de David contre Golliath, mettant en scène un gamin un peu geek sur les bords mais à l'obstination sans faille, « Real Steel » aligne les morceaux de bravoure d'Atom (certainement une référence directe au manga « Astro Boy » / « Tetsuwan Atom » d'Osamu Tezuka) au rythme de combats toujours plus tendus et spectaculaires, ponctués de chorégraphies d'entrée sur le ring très dansantes. Résultat : on sort de la séance avec la banane aux lèvres, boosté par l'énergie du film et le message optimiste qui, s'il n'invente rien, a au moins le mérite d'offrir une histoire touchante maquillée en oeuvre de SF puissante.

lundi, octobre 10 2011

« Kill Bobby Z »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 17 septembre 2011.

Un film de John Herzfeld, avec Paul Walker, Laurence Fishburne, Olivia Wilde, Jason Flemyng, Joaquim de Almeida, Keith Carradine. Disponible en DVD chez Metropolitan.

Tim Kearney est un ancien marine, devenu petite frappe souffre-douleur en prison. L'agent fédéral Gruzsa lui propose de se faire passer pour un légendaire trafiquant de drogue mort dont il est le sosie, afin de récupérer un vieil ami retenu en otage. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

Dans la série des films ne cassant pas des briques mais flirtant avec la catégorie "navets" (après réflexion, oui, on peut dire que c'est un navet...), ce « Kill Bobby Z » a logiquement sa place. Dans la droite lignée des joyeux bazars mêlant trafiquants mexicains, femmes fatales, gangs de bikers, flics ripoux, tout cela dans le désert aride et agrémenté de bonnes vieilles valises poussiéreuses remplies de dollars sales, ce métrage est à voir entre potes, une bière à la main. Des acteurs habitués à ce genre de thrillers loufoques (Joaquim de Almeida en énième truand, Paul Walker endossant encore le jean délavé du bourlingueur décontracté), un Fishburne nous confirmant que la saga « Matrix » était bien l'arbre qui cachait la forêt de séries B nazes, et la magnifique Olivia - Numéro 13 - Wilde pour affoler tous ces mâles), tous les ingrédients sont réunis pour satisfaire les amateurs de cinéma décomplexé.

Sorti directement en vidéo chez nous, « Kill Bobby Z » ne restera pas dans les annales mais réserve quelques moments plutôt drôles. Bon là, en fait, je cherche une scène en particulier mais je ne trouve rien qui, sorti du contexte, fasse rire.

Difficile de dire qu'on passe une mauvaise soirée, ce serait plutôt le contraire, mais par manque d'ambition, de vraie mise en scène, de testostérone suffisamment appuyée, de personnages marquants et avant tout de bonnes grosses scènes qui cassent la baraque, cette petite tachounette en roue libre ne brillant dans rien en particulier fait le métier, comme on dit. Mais c'est du tièdasse. A noter que le titre en VO (« The death and life of Bobby Z ») parle plus que la version... "française" anglicisée.

Non, en fait, malgré toute la bonne volonté du monde, je me suis quand même ennuyé, je m'attendais à du crétin, mais le film n'est pas assez con pour être rigolo, ni assez sérieux pour sortir du lot. Tout simplement à oublier.

vendredi, octobre 7 2011

« Assault Girls »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 6 août 2011.

Un film de Mamoru Oshii, avec Rinko Kikuchi, Hinako Saeki, Meisa Kuroki. Disponible en DVD chez M6 Vidéo.

Le monde est au bord de l'implosion, les sociétés et les systèmes économiques piétinent et peinent à évoluer, les conflits d'un genre nouveau éclatent aux quatre coins de la planète. Mais le salut peut provenir du virtuel, territoire où les connaissances sont mises en commun, où les individualités se fondent pour mieux se défouler dans un univers belliqueux calqué sur le réel : ce jeu à grande échelle s'appelle... Avalon.

Dans son extension Avalon(f), 4 super joueurs, Gray, Lucifer, le Colonel, et Jager, errent dans un désert sans fin à la chasse aux vers géants des sables.

Nouvelle incursion du réalisateur Mamoru Oshii dans le film live, après « Avalon » tourné en Pologne. Ici, les langues parlées sont l'anglais (la langue officielle du jeu) et le japonais. Ce film assez court (70 minutes) est le prolongement de deux courts-métrages que le réalisateur de « Ghost in the Shell » avait mis en scène, pour la chaîne de restaurant KFC. Il reprend ici la thématique des femmes guerrières, tout en bricolant une histoire autour.

Le film s'ouvre sur une voix off présentant la situation géo-politique (ce passage est d'ailleurs passionnant) à base d'images d'archives et de photos en noir et blanc. Ensuite, nous passons à une imagerie informatique (des écrans et indicateurs lumineux, des cibles mouvantes, des radars), rappelant l'introduction de ses précédents films (impossibilité de se renouveler ou auto-citation nombriliste ?), puis une mise en situtation de ses protagonistes dans une esthétique plus ou moins travaillée, rappelant les grandes heures du cinéma post-apocalyptique et des films minimalistes d'auteurs.

A cet instant, l'impression mitigée laissée par les quelques échos que j'avais pu lire sur internet laissent place à une bonne surprise : du désert, une image dessaturée mais relativement sobre, des personnages en haillons traquant des ennemis imaginaires, une absence de parole. On se croirait dans le « Vahlalla Rising » de Nicolas Winding Refn. Je me dis naïvement que les précédents errements d'Oshii avec le très hermétique « Tachiguishi Retsuden » et l'en-deça « Sky Crawlers » sont loin derrière, et que cette nouvelle livraison va frapper un grand coup.

Eh bien non...

Le principal moment de bravoure résonne encore comme un "tout ça pour ça" encore très en-dessous de la réalité, les actrices ne sont que des top models prenant la pose, et l'élément comique peine à apporter une humanité à un ensemble vide, n'ayant rien à raconter (le goût d'Oshii pour la description de situations géo-politiques trouve une résonance avec le discours sur la création des partis, asséné au marteau-piqueur), et aux effets spéciaux tellement laids et peu soignés (mais prends des cours de typos, enfin...) que l'impression générale après le visionnage d'« Assault Girls » est le mot "Arnaque".

Oshii n'est plus que l'ombre de lui-même, une coquille vide n'ayant plus rien à dire, et plus grand chose à montrer d'original (encore des pin ups avec des flingues, des avions militaires, des viseurs numériques...). Je pense qu'il aspire de plus en plus à se confronter à un cinéma d'auteur européen qui l'a toujours fait fantasmer, mais qu'il ne parvient pas à laisser de côté son identité de geek/army-otaku. 

Il est à un stade de pré-ré-invention, mais la machine patine. Le bouton "Turbo" est coincé, son basset est assis dessus.

mercredi, septembre 28 2011

« Sex and zen 3D : Extreme Ecstasy »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 24 septembre 2011.

Un film de Christopher Sun, avec Hiro Hayama, Leni Lan, Saori Hara, Tony Ho.

Attaquons les préliminaires : Wei Yangsheng est un jeune noble fraîchement marié à la belle Tie Yuxiang, mais le jeune homme se découvre éjaculateur précoce et désavantagé par la nature. Pour acquérir une virilité, il part faire copain copain avec le redoutable prince Ning, un despote débauché qui va lui révéler ses secrets, et lui prêter quelques courtisanes. Mais cette quête de la virilité ne va pas se faire sans difficulté, mais ne déflorons pas l'intrigue.

Il s'agit d'un remake du premier épisode de la trilogie « Sex and Zen » des années 90 par réalisée par Michael Mak (l'actrice Shu Qi avait fait ses début dans le deuxième film), mais doté en plus de la technologie 3D. Pour le reste, ce métrage se veut un pur film de sabre chinois (Wu Xia Pian), avec de belles étoffes en soie (qui cette fois, s'enlèvent vite au lieu de voleter au rythme des entre-chats de princesses en apesanteur). Au menu des réjouissances, nous avons donc des poignards volants, une grosse référence à « Kill Bill », une greffe de membre d'origine... animale, une tripotée de demoiselles toutes plus magnifiques les unes que les autres, et un personnage de transexuel très poumonné, dont le membre viril, à l'instar des queues de singes des super saiyen dans « Dragon Ball Z », reste enroulé le long de sa jambe.

Au milieu de toutes ces scénettes de rapprochements déshabillés, celles que l'on retiendra sont celle de la copulation en suspension, où le prince lubrique s'empare d'une courtisane tout en se suspendant d'un bras à une chaîne pendue au plafond, un lancer de poignards "à effets" par un défloreur aux muscles saillants et la barbe crasseuse, le meurtre d'une courtisane par va-et-vients trop insistants, et le viol par une nymphette d'un moine bouddhiste, dont la récitation de sutras ne le préserve pas longtemps d'une réaction enflammée aux frottis frottas de la donzelle.

Si le film mise sur l'humour et un côté sexy-bonne humeur dans les deux premiers tiers, le dernier acte vire franchement dans le gore, mettant en scène des tortures, punitions corporelles et mutilations en tous genres, s'étirant sur une durée interminable et presque désagréable sur la fin. Voilà un aspect du film que n'aurait pas renié le Tobe Hooper période « Sade », car même si les plaies restent hors champ, l'ambiance "youpi tralala" du début a cédé la place à une maison des horreurs où chaque personnage finit bien puni de ne pas avoir su rester chaste. C'est d'ailleurs la morale du film, la chair pervertit, et rien ne vaut la bonne vieille ceinture de chasteté pour trouver la pleinitude et le bonheur... Mouais.

J'ai parlé plus haut de technologie 3D, les lubriques vont être déçus, point de 3D durant les ébats (les caméras embarquées à bord de membres vigoureux sont plutôt dans les animés hentaïs), mais plutôt dans les statues et décors kitsch du palais du prince, ainsi que dans les armes blanches qui volent vers la caméra. Rien de croustillant à se mettre sous la dent donc.

Je finirai cette chronique en précisant que ce film a juste battu le record de fréquentation d'un certain... « Avatar » (oui, celui de James Cameron) en engrangeant 360 000$ de recettes le premier jour, pour un budget total de 3 millions. La classe ! A quand un Tsui Hark version érotique ?

lundi, septembre 26 2011

« Detective Dee : le mystère de la flamme fantôme »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 3 septembre 2011.

Un film de Tsui Hark, avec Andy Lau, Tony Leung Ka Fai, Bingbing Li. Disponible en DVD chez Wild Side.

En 690 après JC, la Chine s'apprête à couronner la première impératrice douairière de son histoire. Mais dans l'ombre, des conspirateurs cherchent à usurper le trône. Alors que la construction d'une statue gigantesque prend du retard en raison de morts par des mystérieuses combustions spontanées, la future impératrice demande de l'aide au plus grand enquêteur de l'empire, son ennemi le détective Dee, emprisonné depuis 8 ans pour insubordination.

Désormais, chaque nouveau film de Tsui Hark fait frémir ses fans de la première heure, tant le touche à tout/gourou/grand dictateur des plateaux s'est égaré successivement au cours des années 2000, après avoir porté à bout de bras le cinéma hong kongais des années 80-90 durant son "âge d'argent". Oubliez donc le navrant « La légende de Zu », ou le pitoyable « Black Mask 2 » et leur déferlement de bouillie numérique, voici le retour du grand Tsui !

Moins axé baston que les grandes oeuvres passées du maître, au profit d'une enquête policière à la Sherlock Holmes, ce « Detective Dee » gagne en pouvoir fédérateur. De facture plus classique, la trame fait briller des personnages se situant dans des zones de gris plus ou moins sombres selon le point de vue des interlocuteurs, chacun ayant quelque chose à cacher. On s'amusera, entre deux combats, à tenter de démasquer le coupable, mais la tache n'est pas aisée, tant le cinéaste brouille les pistes. un type avec un crochet à la place de la main ? Pas jojo, mais persécuté. Un albinos très sanguin ? Trop voyant. Une impératrice manipulatrice ? Ce ne sont jamais les plus puissants qui complotent dans l'ombre.

Se situant tout de même dans la tradition des Wu Xia Pian (films de sabre chinois), « Detective Dee » se devait d'assurer question bastons. Il ne faut pas s'attendre ici à des affrontements dantesques en apesanteur. Déjà, Andy Lau n'est pas un artiste martial, et puis, vous n'avez qu'à revoir les « Il était une fois en Chine » où Hark envoyait sévèrement la sauce (toujours pas égalée). Ici, le grand moment de bravoure se situe dans les galeries souterraines, où des énormes rondins de bois sortent de sous la flotte pour tenter d'empaler un frêle esquif. Un guêt-apens à l'étroit aux senteurs humides, une grande séquence.

Ce nouveau long-métrage devrait convaincre les fans hard-cores du maître, même s'il a déjà fait mieux, moins sage, et plus marquant. Trop bon pour n'être qu'un film mineur, ce film se laisse savourer comme une friandise. Pour le côté sauvage et fou fou, revoyez plutôt un bon « The Blade » ou un réjouissant « Time and Tide ». Pour les non connaisseurs, voici l'occasion de découvrir un réalisateur très important, à travers son film le plus accessible.

mercredi, septembre 21 2011

« J'ai rencontré le diable »

Ecouter aussi ma chronique dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 10 septembre 2011.

Un film de Kim Jee-woon, avec Lee Byung-Hun, Choi Min-sik.

Soo-hyun est un agent des services secrets, dont la petite amie est sauvagement torturée, assassinée et découpée par un tueur en série. Très vite, il démasque le tueur en pleine récidive, mais au lieu de le livrer aux autorités ou le supprimer, il s'acharne sur lui avant de le remettre en liberté. S'ensuit un jeu du chat et de la souris où Soo-hyun prend un malin plaisir à balader le psychopathe.

Mais contre toute attente, la proie se révèle plus coriace que prévue et se prend au jeu. Qui manipule l'autre ? Tandis que les victimes collatérales s'accumulent et que les autorités s'en mêlent, rien ne peut faire dévier Soo-hyun, pris dans un engrenage auto-destructeur...

Déjà réalisateur du thriller « A bittersweet life », de l'angoissant « Deux soeurs » et du western hommage « Le bon, la brute et le cinglé », Kim Jee-woon prouve avec cette chasse ultra-violente qu'il peut s'attaquer à tous les genres, et emboîter le pas de ses compatriotes dans le sillon du thriller implacable et désespéré. Une série de films sud-coréens, de « Old boy » à « The Chaser », en passant par « No Mercy » ou le plus soft « Memories of murder », réputés pour leur violence extrême, des chasses à l'homme jusqu'au-boutistes favorisées par l'inefficacité chronique de la police, et un refus systématique du happy end où le criminel a bien souvent le temps de faire souffrir mille morts à ses victimes avant de se faire supprimer (quand il ne s'en sort pas la plupart du temps).

Dans « J'ai rencontré le diable », on assiste à un face à face survitaminé entre deux chasseurs habités, portés par deux acteurs au sommet de leur art. Si le talent de Lee Byung-hun (acteur fétiche du réalisateur) arrive à apporter une consistance exceptionnelle à un super-agent qui avait tout pour faire pâle figure au milieu de cette meute de déglingués psychopathes, c'est bel et bien de nouveau Choi Min-sik (le meilleur acteur du monde ?), déjà phénoménal dans « Old Boy », qui bouffe chaque scène où il apparaît avec l'appétit d'un ogre cannibale. Le premier est affûté, aussi froid et déterminé qu'une lame tranchante, détruit de l'intérieur et bouffé par une quête désespérée, tandis que l'autre donne sa silhouette ronde à un profiteur de chaque instant d'infâmie, qui n'a plus rien à perdre et redemande même des sévices sur sa personne comme pour se sentir vivant.

Brillamment construit, pouvant se clore cent fois mais sans cesse relançant une machine nous plongeant de plus en plus dans le glauque, explorant de nouvelles strates d'horreurs à mesure que le chassé déteint sur le chasseur, les frontières se brouillent, le spectateur perd ses repères, des actes répréhensibles sont commis et choquent d'autant plus qu'ils sont la plupart du temps relégués hors champ. La traque infernale ne sombre jamais dans l'incohérence et parvient comme par miracle à chaque fois à nous garder dans son sillon sans nous faire décrocher.

Un grand thriller, un uppercut doublé d'un empalement au coûteau de boucher rouillé et bien crade, qui nous laisse pendu dans un antre perdu au milieu de nulle part. Le supplice n'est pas fini, loin de là. Nous entendre crier ? Non, y a personne à part le tueur...

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