« Gainsbourg (vie héroïque) »
Par Thomas Berthelon le vendredi, février 12 2010, 17:57 - Visionnages - Lien permanent

Ecouter aussi la chronique audio dans l'émission « Supplément week-end » du samedi 6 février 2010.
Un film de Joann Sfar, avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Doug Jones, Anna Mouglalis, Mylène Jampanoï, Sara Forestier, Philippe Katerine, Claude Chabrol, Yolande Moreau, François Morel, Joann Sfar.
De l'enfance du petit juif Lucien Ginsburg sous l'occupation, jusqu'au très négligé Gainsbarre, la vie de Serge romancée telle un conte, ses dialogues imaginaires avec une créature hypertrophiée, ses hésitations entre ses vocations de peintre puis de musicien, ses conquêtes féminines...
Connaissant peu l'oeuvre de Sfar, mais ayant lu quand même quelques unes de ses bandes dessinées, je peux déjà être d'accord avec Didier Pasamonik en disant que ce film est du pur Sfar. Plus qu'un simple auteur de BD s'emparant d'un des symboles du patrimoine musical français, l'auteur du « Petit vampire » (prochainement adapté en animation) avait déjà démontré dans l'album « Croisette » qu'il était loin d'être un novice en culture cinématographique, et que l'important était avant tout de savoir raconter des histoires. Point.
Structurant la vie de Gainsbourg comme un conte, en introduisant ce personnage déconcertant mais néanmoins logique de double rondouillard, entre conscience et prémisse de Gainsbarre (incarné sous le masque par un habitué du cinéma de Guillermo Del Toro, Doug Jones), Sfar ne trahit pas le parcours du musicien. En choisissant d'accorder une grande place à l'enfance de l'artiste, le réalisateur privilégie la créativité et le monde poétique que celui-ci se construit plutôt que tabler trop facilement sur un gamin déjà en rebellion, annonçant trop vite la revisitation de la Marseillaise et le billet de banque brûlé (dont le film ne parle pas). On préfèrera d'ailleurs l'enfance et la première partie de la carrière de Gainsbourg, onirique, fantasmée, brillamment mise en images (les aquarelles sont signées... Sfar) que la fin de sa vie, où l'artiste est devenu l'ombre de lui-même, prisonnier de Gainsbarre, et dont Sfar ne sait pas trop quoi en tirer.
Pour quelqu'un comme moi qui connaissait mal l'oeuvre de Gainsbourg, et uniquement à travers l'image du fumeur (le nombre de cigarettes allumées dans le film est tout bonnement hallucinant) Gainsbarre passant chez Patrick Sébastien ou le "I want to fuck her" à Whitney Houston chez Drucker, le film de Sfar remet les pendules à l'heure en donnant envie de redécouvrir la première partie de la carrière de l'homme à la tête de chou. La rencontre avec Bardot constitue le point d'orgue du film, sommet de créativité et sorte de nirvana sentimental chez l'artiste, un passage sublimé par l'interprétation de Laetitia Casta en BB. Sara Forestier et la regrettée Lucy Gordon sont également parfaites, mais difficile d'évoquer le casting du métrage sans louer la performance d'Eric Elmosnino littéralement possédé, se fondant dans la gestuelle et le phrasé (c'est sa voix qu'on entend pendant les morceaux) de l'auteur de « Je t'aime, moi non plus ».
Le film se conclut par une citation de Gainsbourg Joann Sfar (encore !), écrivant qu'il a préféré mettre en scène les mensonges de Gainsbourg plutôt que ses vérités. Dommage de clôturer le film sur ce côté "je me la pète", surtout qu'on aurait pu trouver cela tout seuls.
Au final, le film parle bien sûr aux amateurs de Gainsbourg, mais aussi à ceux qui ne le connaissent qu'à travers Gainsbarre. Ceci dit, il vaut mieux être prévenu qu'il s'agit d'un biopic singulier avec son propre ton, plutôt que de s'attendre à une évocation classique de la vie d'un musicien.

Commentaires
Un biopic de grande qualité,surprenant par sa tonalité comme tu le soulignes et qui change des films habituels sur des artistes célèbres. Une vraie réussite, j'ai bcp aimé.
Excellente lecture que celle-ci.
J'aime beaucoup ton style d'écriture.
A très bientôt - que je repasse très vite sur ton site.