« Là-haut »
Par Thomas Berthelon le lundi, août 24 2009, 10:17 - Visionnages - Lien permanent

Un film des studios Pixar, réalisé par Pete Docter et Bob Peterson. Avec la voix de Charles Aznavour.
Carl est un vieux monsieur qui décide, du jour au lendemain, de vivre le grand rêve de sa vie en voyageant dans sa maison, suspendue par des milliers de ballons. Mais il se rend vite compte qu'il n'est pas seul puisque le petit scout Russell a embarqué au dernier moment à l'insu de Carl. A la recherche d'un lieu paradisiaque en Amérique du Sud, ils vont rapidement découvrir que les lieux les plus reculés sont quand même habités.
Nous vivons une époque extra. Dans plusieurs décennies, nous pourrons dire que nous avons assisté en direct aux premiers films d'un studio d'exception, un peu comme dans les années 40 où les spectateurs découvraient les premiers longs-métrages des studios Disney, avec « Blanche-Neige et les sept nains », « Fantasia », « Pinocchio », « Dumbo » ou « Bambi ». Pixar enfile en effet les chefs-d'oeuvre avec une facilité déconcertante, en jouant des effets de surprise, fraîcheurs des histoires, et se renouvelant à chaque fois. Encore une fois, disons haut et fort qu'il sera très difficile de faire mieux que ce somptueux « Là-haut ». On s'aperçoit aussi qu'il y a Pixar et... il y a les autres.
Nous avons là un postulat des plus fantaisistes : un vieux monsieur fait voler sa maison en accrochant des ballons à la cheminée. A part le concept des ballons, le monde de ce nouveau film est réaliste, pas de super héros, de jouets qui parlent, de science-fiction ou de rats intelligents. Non, l'arrière-plan est un monde contemporain, avec ses travaux immobiliers, ses trottoirs, ses immeubles. C'est ce qui propulse les aventures de Carl et Russell dans la féérie absolue. Le scénario nous épargne les explications de Carl : on comprend vite qu'il pilote sa maison avec des cordes, un volant, et des draps en guise de voile, point.
La manière naturelle avec laquelle le scénario nous fait accepter ce concept est la même qui voit ensuite débarquer des créatures tout à fait... exotiques, et des inventions qui le sont encore plus. Abandonnez ici toute réaction à la "mais c'est idiot" ou "ça ne se peut pas", car si une maison vole avec des ballons, tout est permis.
Les spectateurs les plus cartésiens auront vite compris que derrière la féérie du premier degré, se cache l'une des histoires les plus tristes que les studios Pixar nous aient offertes, l'ambiance étant très vite plombée par une introduction impressionnante, mélange de tendresse et de drames, maniant avec dextérité les scènettes craquantes et les ellipses plus douloureuses, qui arrachent déjà des larmes aux plus sensibles. Tout le film est ensuite empreint de cette mélancolie, symbolisée par ce vieux Carl bougon mais faisant fondre les spectateurs justement suite à l'évocation de quelques passages de sa vie.
Le character design est comme d'habitude parfait, faisant cohabiter le corps fatigué et tout en carrés de Carl avec la boule qui sert de corps au petit Russell. Un soin tout particulier a été apporté au rendu des nuages, les décors et accessoires renvoient à la mythologie des premières histoires d'aventuriers à la Jules Verne. Déjà dévoilés dans la bande-annonce, certains plans étirés en longueur sont vraiment hilarants (la descente d'escalier de Carl, Russel qui glisse sur la vitre du dirigeable), et les différentes créatures, loin d'être des énièmes représentations d'animaux de leur espèce, proposent un vrai plus dans les mimiques et les moyens d'expression (vous verrez, il sera difficile de représenter un chien en 3D sans penser à « Là-haut »).
« Là-haut », par son ton plus mélancolique qu'à l'accoutumée, peut se rapprocher de l'esprit de certains films Ghibli : on pense bien sûr au « Château ambulant » à cause de la maison volante, mais aussi à l'ensemble des films des créateurs de « Kiki la petite sorcière », chroniques douces amères traitant autant des insouciances que des mauvais moments de la vie. Certainement le film le plus touchant des Pixar.

Commentaires
qu'est ce que t'écris bien...
je lis pas toutes tes chroniques car y a beaucoup de sujets qui j'avoue ne m'interresse pas, mais là, pour moi qui a vu le film, tu racontes bien sans dévoiler !!!
moi je dévoile un truc : les chiens. je les ai trouvé grandioses !!!
Merci Flo ! :-)
encore un excellent cru de Pixar mais pr moi, leur chef d'oeuvre reste Wall-E. Toutefois, je veux bien voir des films d'animation comme là haut tous les jours.
>Eelsolivier : on en avait déjà parlé sur ton blog, mais je n'ai pas été emballé par l'intégralité de Wall-E, en particulier la partie sur le vaisseau. Mais les Pixar, ça se revoit.
je me souviens en effet de ton avis un peu mitigé: j'espère en effet que tu le reverras, mais après, tout dépend ce que l'on attend d'un Pixar.
Touchant, drôle, émouvant. Une vraie réussite.