« The wrestler »
Par Thomas Berthelon le mercredi, mars 18 2009, 09:22 - Visionnages - Lien permanent

Un film de Darren Aronofsky, avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood.
Randy - The Ram (le bélier) - Robinson, autrefois superstar du catch, se produit désormais dans des petites salles. En dehors du ring, où il est un véritable dieu vivant aux yeux des fans, sa vie alterne entre le transport de caisses dans un supermarché, des nuits passées à dormir dans son véhicule, des prises auto-gérées de produits, et des séances d'UV. Incapable de nouer une relation sentimentale sur la durée, il est également en froid avec sa fille, et son unique amie est une strip-teaseuse. Mais le jour où il est opéré pour une crise cardiaque, les médecins lui interdisent tout combat, y compris cette fameuse confrontation-revanche contre l'Ayatollah, son adversaire d'il y a 20 ans.
Darren Aronofsky est décidément un réalisateur toujours aussi passionnant. Après le thriller mathématique kaballistique (« Pi »), l'angoissant mais énergique film sur la dépendance (« Requiem for a dream »), et la croisade d'un chercheur contre le cancer à travers les âges (« The fountain »), voici désormais un métrage humain, filmé tel un documentaire, caméra à l'épaule, où l'on suit la vie entre adulation sans borne et les désastres sentimentaux, d'un catcheur passant sans cesse du statut de minable à celui de dieu vivant. Après avoir vu ce film, on comprend ce qui a aussi attiré Aronofsky dans cette aventure : en tant que metteur en scène du rapport au corps (on pourrait le rapprocher d'autres cinéastes comme David Fincher, Shinya Tsukamoto, et bien sûr David Cronenberg), il a bichonné particulièrement les scènes de catch. Malgré les scenarii des matches écrits à l'avance, les combattants souffrent réellement, se balançant des accessoires (chaises, échelles, mais aussi d'autres objets plus... coupants) dans la tête ou se plantant des agrafes dans le dos. Ainsi, les corps maltraités des catcheurs sont pour eux un signe de respect envers le public. Randy ne semble être vivant que sur le ring. Il est filmé constamment de face, par opposition aux plans de lui dans sa vraie vie, où on le voit souvent de dos avec son anorak rapiécé, de nuit, ou à travers des ambiances sombres de la boîte de strip-tease. Sur le ring, rien ne nous est épargné, nous assistons aux discussions entre catcheurs en plein combat (le film est d'ailleurs bien parti pour devenir la référence en matière de catch au cinéma), planifiant les futurs coups. Dans les vestiaires, Randy est toujours entouré et ces scènes illustrent parfaitement le respect qu'il suscite auprès des catcheurs plus jeunes ou de ses amis de longue date. La pertinence de la mise en scène d'Aronofsky ne s'arrête pas là : lorsque Randy commence à prendre sa vie en dehors du ring par le bon bout, l'action se passe en plein jour, comme sa ballade en ville avec son amie strip-teaseuse, ou sur la plage avec sa fille. Lorsque cela se gâte, on retourne à des scènes de nuit, comme pour illustrer le décalage entre ce ring qu'il affectionne, sous les projecteurs, et cette vie ratée, peu ragoûtante.
Le parallèle entre l'histoire de Randy et la vie de Rourke est bien sûr évident. Au top dans les années 80, enchaînant les bombes cinématographiques (« La porte du paradis », « L'année du dragon », « 9 semaines 1/2 », « Angel Heart »), Rourke connut ensuite une descente aux enfers, devenant boxeur au début des années 90. Défiguré par les combats et la chirurgie esthétique, il enchaîne les navets (on se souvient du pathétique « Double Team » de Tsui Hark avec Van Damme et le basketteur Dennis Rodman, s'achevant dans le Colisée de Rome avec des tigres !), avant de connaître un renouveau sous les traits de Marv dans « Sin City », puis dans le pas très bon « Domino » de Tony Scott. Absolument impérial dans « The wrestler », touchant et lumineux, il remporte le Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique, et est nommé pour les Oscars. « The wrestler », quant à lui, a remporté le Lion d'or à la 65ème Mostra de Venise.

Commentaires
Bonsoir, the Wrestler est un film qui m'a fait mal. Pour certaines scènes, j'ai fermé les yeux. Et puis je suis triste de voir comment est devenu Mickey Rourke, moi une fan de la première heure. Ce n'est pas un film que je conseillerai aux personnes qui veulent se distraire. Bonne soirée.
Je te remercie de ton passage express sur mon blog car ton message m'a permis de découvrir le tien et quel plaisir. Il est bien fait, agréable à lire et bien écrit, bien présenté et pertinent. Sans aucun doute, je repasserais.
Quant à The Wrestler, un film vraiment émouvant et une prestation remarquable de Rourke.