Les rois de la glisse

Un film d'Anton Corbijn, avec Sam Riley, Samantha Morton, Alexandra Maria Lara.

La (courte) vie de Ian Curtis, chanteur de Joy Division, l'un des groupes phares du New Wave. Son mariage survenu très tôt, son épilepsie, son triangle amoureux, l'aventure de son groupe, ses tentatives de suicide.

Le film est inspiré du livre « Ian Curtis et Joy Division, Histoire d'une vie » de Deborah Curtis (la veuve de Ian Curtis). Détail étonnant du film : réalisé de nos jours (Mention spéciale de la Caméra d'or à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2007), « Control » respire les seventies, avec ses longs plans en extérieur où les personnages marchent, l'humanité qui se dégage de ses personnages, la sobriété de sa mise en scène. Personnellement, je trouve beaucoup de points communs entre le film d'Anton Corbijn et le « Raging Bull » de Martin Scorsese. Si ce dernier a choisi le noir et blanc pour son rendu proche des trabloïds, la qualité plastique des images de Corbijn semble héritée de sa longue expérience de photographe. Le très beau noir et blanc de « Control » restitue l'aspect juvénile des visages, et souligne la morosité des décors urbains de la banlieue de Manchester.

Le titre du film est inspiré du morceau « She's lost control », le métrage mettant en scène ainsi un parallèle entre la vie privée de Curtis et les paroles de ses chansons, les performances du groupe sur scène accompagnant des séquences montrant par exemple le couple Curtis au bord de la rupture. Le chanteur ne contrôle, justement, pas du tout les évènement de sa vie : marié et père trop jeune, il passe ensuite tout son temps à subir, incapable de faire un choix entre sa vie de famille et sa maîtresse dont il est amoureux. D'une grande lâcheté avec sa femme, il perd progressivement pied y compris sur scène, victime d'un succès trop rapide, d'un public réclamant toujours plus. Nous assistons à un crescendo de sa souffrance intérieure, à travers la dégénérescence de son épilepsie, et d'un quotidien qui ne l'intéresse plus.

Le principe des biopics glorifie habituellement la performance de l'acteur principal dans le rôle titre, mais rarement un interprète aura à ce point donné l'impression d'habiter son personnage. Sam Riley est véritablement la réincarnation de Ian Curtis, extraordinaire sur scène, personnifiant la victime de sa propre vie à la perfection, passif, doté d'un charisme androgyne. A ses côtés, la toujours impeccable Samantha Morton ajoute une autre grande performance à sa carrière après son rôle d'Agatha dans « Minority Report ».

Malgré une fin un peu trop longue, mais prenant le temps de montrer les éléments qui précipiteront le suicide de Curtis, « Control » est absolument remarquable. Une merveille de mise en scène, une oeuvre sobre, touchante, réalisée par un fan.